Cannabis thérapeutique et Parkinson : une première expérience mondiale sur l’homme à Marseille

Cannabis thérapeutique et Parkinson : une première expérience mondiale sur l’homme à Marseille

L’hôpital de la Timone à Marseille n’attend plus que le feu vert de l’ANSM pour tester les effets du cannabis thérapeutique sur des patients humains atteints de la maladie de Parkinson.

Parallèlement à une première expérimentation en cours sur les rats, le  Centre d’excellence DHUNE veut maintenant étudier les effets des cannabinoïdes sur la maladie de Parkinson. Un autre usage du cannabis thérapeutique parmi tant d’autres qui n’est pas encore légalisé en France, contrairement chez une vingtaine de pays européens et une trentaine d’états américains. La légalisation serait-elle en marche ?

Le cannabis thérapeutique en France

La question du cannabis thérapeutique a déjà été soulevée maintes fois devant les autorités médicales et législatives compétentes en France. L’usage et la détention de cannabis sont proscrits sur le territoire alors que l’Hexagone est le 3ème producteur mondial de chanvre. L’exploitation industrielle et commerciale se limite aux graines et à la fibre et seulement pour les plantes dont la teneur en THC est inférieure à 0,2%.

Du coup et faute de légalisation dans le pays, de nombreux patients convaincus de ses vertus, dont ceux atteints de cancer, s’approvisionnent régulièrement à l’étranger ou sur le marché illégal. A leur grand bonheur en fin 2018, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a été favorable à l’utilisation du cannabis à visée thérapeutique « dans certaines situations cliniques et en cas de soulagement insuffisant ou d’une mauvaise tolérance des thérapeutiques existantes ».

Cela concerne entre autres certaines formes d’épilepsie sévères et pharmacorésistantes, les douleurs réfractaires aux thérapies (médicamenteuses ou non) accessibles ou encore la spasticité douloureuse de la sclérose en plaques. L’ANSM évalue la pertinence et la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France par le biais d’un comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) créé en septembre dernier. L’expérimentation devrait aboutir d’ici fin 2019. A Marseille dans l’hôpital de la Timone, l’aval de l’agence est attendu pour cadrer cette étude sur la maladie de Parkinson.

Le projet du centre DHUNE

Le Centre d’excellence pour les Maladies Neurodégénératives et le Vieillissement (DHUNE), en partenariat avec l’association France Parkinson étudie déjà les effets des principes actifs du chanvre, le tétrahydrocannabinol (THC) et le cannabidiol (CBD), sur la maladie de Parkinson, chez le rat. Pour pouvoir commencer l’expérience sur l’homme, il doit juste fournir des informations sur la faisabilité de l’étude, ainsi que sur la sécurité des personnes testées.

Si l’ANSM accepte, ce sera la première étude sur les effets des cannabinoïdes sur le Parkinson chez l’homme, en France et au niveau mondial. Dans un premier temps, le centre DHUNE va étudier les principes actifs du produit (THC et CBD) afin de trouver sa combinaison optimale, à partir de cannabis de synthèse. Il recrutera ensuite une trentaine de patients atteints de la maladie de Parkinson ainsi que des sujets sains, qui vont inhaler le produit pendant un an.

Les cobayes représenteront exclusivement des patients qui ont déjà consommé du cannabis. Le protocole consistera à administrer soit du cannabis, soit un placebo à ces sujets pendant deux jours d’hospitalisation. Cela devrait alors permettre de ressortir les effets sur les symptômes de la maladie de Parkinson, aussi bien au niveau de la motricité (tremblement, marche) que des signes non-moteurs (dépression, anxiété). Une étude conjointe consistera à valider ou non le rapport bénéfices/risques du cannabis thérapeutique. Toute l’équipe de l’hôpital de la Timone espère pouvoir commencer les investigations d’ici début 2020.

Les possibles effets bénéfiques du cannabis sur la maladie de Parkinson

Dépourvue de remède médical officiel, la maladie de Parkinson se manifeste par des symptômes qui s’aggravent au fil du temps. Les patients reçoivent des traitements uniquement sur certains symptômes. Le système nerveux est le plus touché : certaines fonctions motrices s’altèrent et le sujet peut effectuer des mouvements involontaires (dyskinésies). Et pour cause, les cellules créatrices de dopamines sont rongées progressivement par la maladie.

Or, ces cellules se trouvent au niveau des récepteurs de cannabinoïdes dans l’organisme. De son côté, le cannabis possède des vertus déjà exploitées dans d’autres méthodes de soins : le CBD a des propriétés relaxantes et le THC modifie la perception. De nombreux centres de soin, médecins et hôpitaux l’utilisent pour soulager les douleurs persistantes induises par la sclérose en plaques, quand les médicaments conventionnels ne sont plus efficaces ou produisent des effets nocifs.

On retrouve également cette pratique dans le traitement des effets indésirables de la chimiothérapie (nausées) et des troubles du sommeil. Les vertus anti-inflammatoires, antalgiques et antispasmodiques des cannabinoïdes  permettraient alors de traiter certaines manifestations de la maladie de Parkinson, notamment la douleur, les dyskinésies, les insomnies et les tremblements. Avec le feu vert de l’ANSM, tout le monde sera fixé et en cas de légalisation du cannabis thérapeutique, ce seront 300 000 à 1 million de patients qui pourront bénéficier de ses vertus.

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