Crise des opiacés : où en est la crise sanitaire ?

Crise des opiacés : où en est la crise sanitaire ?

En 2017, 47 000 décès aux États-Unis sont liés à une overdose suite à une consommation d’opiacés. En France, certes les chiffres sont largement inférieurs (200 morts par an par antalgiques opioïdes), mais les autorités concernées commencent déjà à tirer la sonnette d’alarme…

Les médicaments opiacés… de quoi s’agit-il ?

Tout a commencé aux États-Unis dans les années 1990, où les médicaments opiacés (ou opioïdes), des antidouleurs dérivés de l’opium, étaient particulièrement vantés pour soulager certaines douleurs. Ils sont classés en deux catégories :

  • Les opioïdes « faibles » principalement utilisés pour leurs propriétés analgésiantes (CoDoliprane, Paracetamol Codeine, Topalgic, Tramadol…) ;
  • Les opioïdes « forts » pour soulager les douleurs intenses et chroniques, notamment celles liées au cancer. Ces médicaments sont donc puissants contre les douleurs, mais entraînent une forte addiction.

Ce caractère addictif a d’ailleurs commencé à faire naître une véritable épidémie, et ce, jusqu’à aujourd’hui. « Une de leurs caractéristiques majeures est leur capacité à induire une dépendance psychique et physique », selon  l’observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Fentanyl, morphine, codéine, tramadol ou encore oxycodone sont délivrés sur ordonnance sécurisée, et sont même inscrits au tableau des stupéfiants dans certains pays, au point de devenir illégaux. Et alors que ces médicaments ne devaient être prescrits que pour les maladies particulièrement graves, comme le cancer et les douleurs aiguës, après une fracture ou en contexte opératoire par exemple, les médecins les ont rapidement surprescrits pour des maladies chroniques.

Les malades en deviennent alors très rapidement accros si bien que certains sont tentés d’augmenter les doses. Si habituellement, ils ne prennent que 6 ou 8 comprimés par jour, certains en prennent jusqu’à 50 à 60 comprimés en une journée, d’après le Pr Nicolas Authier, chef du service de pharmacologie médicale du CHU de Clermont-Ferrand et directeur de l’Observatoire français des médicaments antalgiques.

Les conséquences sont en toute logique dangereuses, voire fatales : un risque de dépression respiratoire, de coma, voire de décès par surdose. Lorsque ces médicaments sont pris par voie injectable, les patients s’exposent facilement à des risques de contamination par le VIH, VHC et VHB, ainsi qu’à des abcès. Pourtant, plus le nombre de dépendants augmente, plus le nombre de décès liés à leur surconsommation est en hausse constante.

Une crise causée par l’industrie pharmaceutique américaine

Depuis les années 1990, cette épidémie serait principalement causée par l’industrie pharmaceutique américaine. En 2017, le président des États-Unis Donald Trump a d’ailleurs fait de la crise des opiacés une « priorité nationale ». Plusieurs fabricants de ces médicaments ont ainsi fait l’objet de poursuites judiciaires pour commercialisation trompeuse, comme Purdue Pharma, Teva Pharmaceutical Industries et Johnson & Johnson (J & J). Ce dernier, par exemple, a été condamné à payer 572 millions de dollars à l’État d’Oklahoma en août 2019.

À l’issue de deux mois de procès, le juge Thad Balkman a condamné le groupe pharmaceutique pour avoir adopté des pratiques «trompeuses de marketing et de promotion des opiacés». Ces médicaments antidouleur ont causé une crise de la dépendance, des morts par overdose ainsi qu’une hausse des syndromes d’abstinence néonatale dans l’État.

Alors que jusqu’ici les peines s’étaient limitées à des amendes et des travaux d’intérêt public, le 23 janvier 2020, John Kapoor a été condamné à de la prison. Une première aux États-Unis. Le PDG de la compagnie pharmaceutique Insys, âgé de 76 ans, a été condamné à cinq ans et demi de prison pour corruption.

Après un procès de plus de trois mois, John Kapoor a été accusé d’avoir utilisé plusieurs moyens illégaux afin d’augmenter les ventes de Subsys. Les procureurs fédéraux américains ont réussi à prouver que la vente de ce spray au fentanyl a été encouragée au moyen de pots-de-vin à des docteurs. Officiellement indiqué dans le traitement de cancer, cet analgésique opioïde cinquante fois plus puissant que l’héroïne a été prescrit à des patients non atteints de cette maladie pour que les compagnies d’assurance médicales remboursent ce médicament. Il est lié à plus de 900 décès par overdose, les patients en devenant accros.

Crise des opiacés : qu’en est-il de la France ?

La situation sanitaire est encore très loin derrière les États-Unis : 200 morts par an par antalgiques opioïdes. Néanmoins, la prescription d’opioïdes forts ainsi que le nombre de décès liés à leur consommation commencent à augmenter dans l’Hexagone.

Selon le dernier rapport de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) publié en février 2019, environ 10 millions de Français se sont fait administrer des antalgiques opioïdes en 2015. Le plus consommé est le tramadol, suivi de la codéine et de la poudre d’opium associée au paracétamol. Les antalgiques opioïdes forts dans l’Hexagone sont la morphine, l’oxycodone, et enfin le fentanyl transdermique et transmuqueux à action rapide. 

Alors que la consommation globale des opioïdes faibles est relativement stable, la prescription d’opioïdes forts a atteint environ +150 % de 2006 à 2017. Entre 2000 et 2017, pour un million d’habitants, le nombre d’hospitalisations liées à la consommation d’antalgiques opioïdes obtenus sur prescription médicale a atteint +167 %. Et entre 2000 et 2015, au moins 4 décès par semaine ont été enregistrés. Le nombre de décès liés à ces médicaments, quant à lui, a atteint +146 %.

Compte tenu de l’augmentation, certes lente par rapport aux États-Unis, mais progressive de la crise des opiacés en France, l’ANSM propose plusieurs mesures pour conclure son rapport. Celles-ci permettront de contrôler encore plus ces médicaments afin d’éviter une crise de même ampleur que chez les Américains et ainsi de lutter contre leur dépendance. Le rapport de l’ANSM propose par exemple d’améliorer l’information des médecins et pharmaciens et de renforcer le système de surveillance des médicaments.

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