La biodynamie met la vigne sous influence cosmique

La biodynamie met la vigne sous influence cosmique

La biodynamie a le vent en poupe dans les vignes françaises. Deux labels identifient les exploitations qui font le choix audacieux (et laborieux) de la conversion dans une technique de culture exigeante, mais rassurante pour les amateurs de bons vins. Son côté magique et cosmique est en revanche mal connu du public qui consomme ses produits.

La biodynamie, ou agriculture biodynamique, est à la mode. C’est particulièrement vrai dans la viticulture où la France compte désormais plus de 10.000 hectares (sur 750.000) dédiés à cette technique de production. En cinq ans, le nombre de domaines qui ont entamé leur conversion a doublé et approche des 600 exploitations.

Le vin en biodynamie, une discipline exigeante

Il existe aujourd’hui deux labels qui permettent de certifier le biodynamie en viticulture : Biodyvin et Déméter. L’attribution du label par ces acteurs relève du parcours du combattant.

Il faut être en bio pendant trois ans avant de se lancer dans la conversion, qui dure elle-même quatre ans pour le label Biodyvin. 

Fondée sur la protection des sols et des ceps, en plus d’une certaine forme de communication avec la plante, la technique biodynamique nécessite une observation fine de la vigne, tant les traitements disponibles sont minimes, bien moins nombreux qu’en bio.

Une technique magique

Cette technique désormais appliquée par la Romanée-Conti ou le château de Pommard bénéficie de la vague écologique. Elle n’est pas dépourvue, toutefois, d’un aspect relativement magique.

Elle utilise des techniques qui peuvent en effet surprendre. C’est par exemple le cas de la 500 et de la 501, présentée par le président de Biodyvin, le bien connu Olivier Humbrecht, vigneron en Alsace, à Turckheim.

La biodynamie suppose des pratiques créant « un environnement favorable, en informant la vigne avec certaines énergies. (…) On rentre plutôt dans une forme de pensée et de philosophie, explique Olivier Humbrecht, président de Biodyvin. « C’est une forme d’agriculture qui va chercher à guérir la plante et le sol, à base de plantes ou à base d’organes d’animaux, comme la fameuse préparation 500, où l’on met de la bouse de vache dans une corne qu’on enterre dans le sol pendant l’hiver », détaille le vigneron alsacien.

Olivier Humbrecht

Mais il y a aussi la « 501 », même principe mais avec du quartz broyé à la place de la bouse et d’autres préparations à base de camomille dans des intestins de bovidés. Les mélanges sont ensuite dilués dans l’eau avant d’être pulvérisés sur la vigne.

L’idée est de trouver « une forme de communication avec la plante », précise le vigneron de Turckheim (Haut-Rhin), pour lui donner des indications: fleurir, faire ses racines, ses fruits, se défendre, etc. 

Biodynamie et influence cosmique

La caractère ésotérique, voire magique de la biodynamie n’est pas complètement surprenant si l’on songe que cette technique de production est l’invention de l’anthroposophe ésotérique suisse Rudolf Steiner, qui donna, en 1924, huit conférences sur l’agriculture devant un auditoire restreint en Pologne.

Le texte de ces conférences ne fut publié qu’en 1963… Entretemps, la biodynamie connut un certain développement dans l’Allemagne nazie.

Les principes (non démontrés) de Steiner reposent sur l’influence de forces suprasensibles de nature « vivante » (éthérique), « psychiques » (astrales) et « spirituelles » (forces du Moi), ou encore de « forces cosmiques » et de « forces terrestres ». La biodynamie se fonde par conséquent sur une vision organiciste et idéaliste de la nature, qui se trouve en opposition avec le réductionnisme et le matérialisme en science. Dans ce sens, la biodynamie est considérée par la communauté scientifique des sciences de la vie comme une pseudo-science, car elle relève de l’occultisme et de la pensée magique.

Dynamiser la terre grâce aux forces cosmiques

La doctrine de la biodynamie est donc sensiblement différente des principes de l’agriculture biologique au sens classique du terme. La biodynamie ne cache pas son ambition de dynamiser la terre grâce aux forces cosmiques. Un article de Holger Kirchmann dans le Journal of Agricultural and Environmental Ethics de 1994 analyse de façon détaillée ce que Steiner appelait les forces cosmiques. En particulier, la silice, le soufre, le phosphore et les éléments traces métalliques sont des vecteurs des « forces cosmiques » que le vigneron doit maîtriser pour améliorer sa production.

L’organisme de certification Déméter affirme d’ailleurs, sur son site Internet :

« La lune et les planètes influencent la croissance des plantes comme les phases de la lune influencent les marées. Ces rythmes sont à respecter autant que possible ».

Déméter

La relation cosmique est ici très loin du rationalisme matérialiste de la pensée scientifique du vingtième siècle.

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