La naturopathie, héritière de l'herboristerie d'avant 1941 ?

La naturopathie, héritière de l'herboristerie d'avant 1941 ?

L’herboristerie est devenue le monopole des pharmaciens en France depuis 1941, après avoir existé comme profession autonome entre 1803 et le régime de Vichy. Depuis cette « confiscation », la France n’a jamais plus autorisé la vente de plantes médicinales en dehors des officines pharmaceutiques. La naturopathie remet toutefois en cause le monopole des pharmaciens.

L’herboristerie a disparu en tant que telle en France en 1941, lorsque le régime de Vichy qui a par ailleurs créé l’ordre des médecins, a confié le monopole de vente des plantes médicinales aux pharmaciens. Les herboristes diplômés avant 1941 ont toutefois conservé le droit de continuer à exercer leur vie durant ; si leur nombre était évalué à environ 4 500 au moment de la suppression du certificat, la dernière herboriste française diplômée s’est éteinte en février 2018.

L’herboristerie a toutefois survécu sous des formes discrètes

Malgré cette interdiction de proposer des plantes médicinales sans titre de pharmacien, la France a continué à connaître des pratiques discrètes.

Celles-ci se sont en particulier perpétuées grâce aux 750 cueilleurs qui se présentent aujourd’hui comme paysans-herboristes. Ils se sont partiellement regroupés dans le mouvement des Simples, syndicat créé en 1982 dans les Cévennes qui regroupe des agriculteurs engagés dans la culture et la cueillette de plantes médicinales et la préservation des savoir-faire associés et, plus récemment, dans la fédération des paysans-herboristes.

En Outre-Mer, ces cueilleurs ont parfois des noms exotiques : tradipraticiens comme les tisaniers ou tisaneurs à La Réunion, marchandes de rimed razié sur les marchés aux Antilles ou encore apothicaires créoles ou pépiniéristes médicaux.

Herboristerie et pharmacopée officielle

La réglementation française ne se contente pas de rejeter cette herboristerie traditionnelle aux frontières de la légalité (voire à la rendre illégale), elle encadre très fortement la mise sur le marché de plantes médicinales. C’est l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) qui est chargée d’établir la liste des plantes autorisées, dans ce qu’elle appelle la « pharmacopée française ».

Dans la pratique, la pharmacopée est distribuée dans deux listes distinctes.

La liste A regroupe les « plantes médicinales utilisées traditionnellement ». La liste B regroupe les « plantes médicinales utilisées traditionnellement en l’état ou sous forme de préparation dont les effets indésirables potentiels sont supérieurs au bénéfice thérapeutique attendu ».

Ces deux listes sont régulièrement mises à jour, en relation avec la pharmacopée européenne.

Naturopathie et compléments alimentaires

Cet ordonnancement rationnel est toutefois remis en cause par le développement des compléments alimentaires, qui représentent pour la seule France un marché de près de 2 milliards € par an. Ce marché est en croissance constante et, selon les chiffres produit par un rapport sénatorial de 2018, il concernerait 25% des Français.

Dans la pratique, les naturopathes, qui sont largement prescripteurs (au sens économique du terme) de compléments alimentaires ont repris à leur compte la fonction médicale ou sanitaire des herboristes. Ils évaluent le besoin du consultant, et ils orientent celui-ci vers telle ou telle plante adaptée à ces besoins.

L’évolution des pratiques a largement élargi les ressources de la pharmacopée traditionnelle et offre désormais un choix beaucoup plus large que les quelques dizaines de plantes reconnues par la réglementation. Tout l’enjeu est de savoir s’il faut ou non prendre acte de la fin du monopole des pharmaciens par l’irruption de ce nouveau marché.

Vers un retour de l’herboristerie ?

Ces évolutions profondes, passées largement sous le viseur de l’allopathie, mais qui structurent les habitudes de consommation ou de vie, posent la question d’une reconnaissance actuelle de l’herboristerie. Le rapport Labbé du 25 septembre 2018 est allé dans ce sens. Il propose de légiférer pour recréer la profession.

Pour l’instant, ce rapport n’a pas été suivi d’effet. Il n’est toutefois pas impossible qu’un texte reconstitue à l’avenir cette profession disparue en y intégrant la naturopathie.

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