Comment expliquer nos envies de sucre ?

Comment expliquer nos envies de sucre ?

Le petit gramme de sucre en trop peut nous donner envie de manger encore plus d’aliments sucrés, des biscuits au soda en passant par le café recouvert de crème fouettée. Mais sa douceur n’explique pas vraiment ce désir, fort et parfois incontrôlable…

Dans ce contexte, de nouvelles recherches basées sur l’imagerie fonctionnelle ont découvert que cette fameuse substance passe par un canal arrière vers le cerveau. Des bases solides pour aider à réduire notre appétit insatiable pour le sucre…

Le sucre exerce un contrôle unique sur le cerveau

Le sucre déclenche des papilles gustatives spécialisées sur la langue. Mais il active également une voie neurologique entièrement distincte qui commence dans l’intestin, selon Charles Zuker, neuroscientifique à l’Université Columbia.

Dans son étude sur les souris publiée en avril 2020 dans la revue Nature, il indique que des signaux dans les intestins annoncent l’arrivée du sucre vers le cerveau. Cette voie de l’intestin au cerveau ne répond qu’aux molécules de sucre, pas aux édulcorants artificiels.

Les scientifiques savaient déjà que le sucre exerçait un contrôle unique sur le cerveau. Une étude de 2008, par exemple, a montré que les souris n’ayant pas la capacité de reconnaître de douces saveurs peuvent toujours avoir une préférence pour le sucre.

La découverte de l’équipe de Zuker complète ses résultats en expliquant pourquoi le sucre est spécial. Leur étude montre également comment nous pourrions apaiser notre appétit insatiable pour les aliments sucrés.

Pourquoi le sucre est-il spécial et… dangereux ?

3Le terme sucre englobe un certain nombre de substances que notre corps utilise comme carburant. Manger du sucre active le système de récompense du cerveau, permettant aux humains et aux souris de se sentir bien. Cependant, dans un monde où le sucre raffiné est abondant, cet appétit profondément enraciné peut devenir complexe.

En France, la consommation moyenne de sucre s’élève à 95 grammes par jour, 4 fois la dose recommandée par l’OMS ! Cela s’explique notamment par la consommation excessive de sucre « rapide » présente dans les sodas, les viennoiseries, jus de fruits, yaourts aux fruits…

Mais cela n’est pas sans conséquence, car plusieurs études ont lié la consommation excessive de sucre à de nombreux problèmes de santé, notamment l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires, les caries dentaires et certains cancers.

Auparavant, les travaux de Zuker ont montré que le sucre et les édulcorants artificiels activent le même système de détection du goût. Une fois dans la bouche, ces molécules activent les récepteurs du goût sucré sur les papilles gustatives, déclenchant des signaux qui voyagent vers la partie du cerveau qui traite la douceur.

Mais le sucre affecte le comportement d’une manière que l’édulcorant artificiel n’a pas. L’équipe de Zuker a en effet réalisé un test opposant le sucre à l’édulcorant Acesulfame K, qui est utilisé dans les sodas diététiques, les sachets d’édulcorants et d’autres produits.

Dans leur expérience, l’équipe de chercheurs a proposé de l’eau avec l’édulcorant ou du sucre. Les souris ont d’abord bu les deux, mais en deux jours, elles sont presque exclusivement passées à l’eau sucrée.

Un circuit intestin-cerveau favorise l’attrait pour le sucre

En visualisant l’activité cérébrale via l’imagerie fonctionnelle lorsque les rongeurs consommaient du sucre par rapport à un édulcorant artificiel ou de l’eau, les chercheurs ont pour la première fois identifié la région cérébrale qui répond uniquement au sucre : le noyau caudal du tractus solitaire (cNST). Situé dans le tronc cérébral, le cNST est un centre d’information sur l’état du corps.

L’équipe a déterminé que le chemin vers le cNST commence dans la muqueuse de l’intestin. De là, les molécules des capteurs déclenchent un signal qui circule via le nerf vague, qui fournit une ligne directe d’informations depuis les intestins jusqu’au cerveau.

Ce circuit intestin-cerveau favorise une forme de sucre : le glucose et des molécules similaires. Il ignore les édulcorants artificiels, expliquant peut-être pourquoi ces additifs ne semblent pas reproduire pleinement l’attrait du sucre. Il néglige également certains autres types de sucre, notamment le fructose, qui se trouve dans les fruits.  

Plusieurs scientifiques avaient déjà émis l’hypothèse que le contenu énergétique du sucre, ou calories, expliquait son attrait, car de nombreux édulcorants artificiels manquent de calories. Cependant, l’étude de Zuker a montré que ce n’était pas le cas, car les molécules sans calories et similaires au glucose peuvent également activer la voie de détection du sucre de l’intestin au cerveau.

Pour mieux comprendre comment se développe la forte préférence du cerveau pour le sucre, l’équipe a étudié les liens entre ce circuit intestin-cerveau et d’autres systèmes cérébraux, comme ceux impliqués dans la récompense, l’alimentation et les émotions. Bien que ses études portent sur des souris, Zuker pense que la même voie de détection du glucose existe essentiellement chez l’homme.

Découvrir ce circuit permet d’expliquer comment le sucre affecte directement notre cerveau pour stimuler la consommation », dit-il. « Il expose également de nouvelles cibles potentielles et opportunités de stratégies pour aider à réduire notre appétit insatiable pour le sucre.

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