Ayurveda : comment traiter naturellement la constipation ? (Partie 1)

Ayurveda : comment traiter naturellement la constipation ? (Partie 1)

L’Ayurveda est une approche holistique de la santé et du bien-être qui met l’accent sur l’équilibre entre le corps et l’esprit. Elle se concentre sur la prévention des maladies, de sorte que son approche pour traiter la constipation englobe toute une gamme de choix sains, plutôt que de se concentrer uniquement sur les laxatifs et le soulagement immédiat. Laxatifs naturels, régime ayurvédique, exercice et massages ayurvédiques… zoom sur les traitements ayurvédiques contre la constipation.

Une vision ayurvédique de la constipation

Dans leur étude publiée en 2016, Yogini S. Jaiswal et Leonard L. Williams décrivent trois doshas distincts, qui sont des formes d’énergie dans le corps :

  • Vata: un type d’énergie associé au mouvement, à l’espace et à l’air ;
  • Pitta: un type d’énergie associé au métabolisme, au feu et à l’eau ;
  • Kapha: un type d’énergie associé à la structure corporelle, à la terre et à l’eau.

Selon l’étude de Robert Keith Wallace publiée dans Medicina (Kaunas), le Vata dosha comprend les processus responsables du mouvement à tous les niveaux de la physiologie, de l’excrétion des déchets, mais aussi de la cognition. L’emplacement principal de Vata, selon l’Ayurveda, est dans le côlon, où se trouve la majeure partie du microbiome intestinal. 

En revanche, le Pitta dosha est responsable de fonctions telles que la digestion, le métabolisme, la thermorégulation et l’homéostasie énergétique et réside dans la région intestinale moyenne. Enfin, le Kapha dosha régit la croissance et le maintien de la structure et il est principalement situé au niveau de la poitrine.

Ensemble, ces doshas régulent les fonctions du corps. Un déséquilibre entre eux entraîne une maladie ou un mauvais fonctionnement de l’organisme. La médecine traditionnelle indienne ou ayurveda explique ainsi la constipation comme un déséquilibre dans le vata, qui se concentre dans le côlon.

Les herbes et épices ayurvédiques  

L’Ayurveda considère les aliments comme un médicament. Cette médecine naturelle utilise des épices et des herbes pour aider à créer et maintenir l’équilibre physiologique et pour traiter des troubles spécifiques comme la constipation. Certains praticiens de la médecine ayurvédique disent que la constipation est liée à un excès d’éléments froids et secs dans le corps – corrigée en ajoutant de la chaleur, de l’hydratation et des huiles. C’est pourquoi certains des laxatifs ayurvédiques décrits ci-dessous peuvent être utilisés sous forme de thés chauds et apaisants ou pris sous forme de comprimés avec de l’eau. Certains sont également disponibles sous forme liquide.

Le Triphala

Le Triphala se compose de trois plantes médicinales et fruits originaires d’Asie du Sued-Est et d’Inde : Emblica officinalis ou Amla (Amalaki), Terminalia bellerica ou bahera (Bibhitaki) et Terminalia chebula (Haritaki). C’est une composante fondamentale des programmes de traitement ayurvédique gastro-intestinal et de rajeunissement, en particulier pour aider à améliorer l’élimination des selles. 

Une étude publiée dans Le Journal of Alternative and Complementary Medicine a montré que le Triphala a différentes applications cliniques potentielles qui incluent :

  • La stimulation de l’appétit ;
  • Une réduction de l’hyperacidité et de la constipation ;
  • Un certain nombre de propriétés biologiques : anti-inflammatoire, antibactérienne, adaptogène, chimioprotectrices et radioprotectrices, antioxydantes. 

Les chercheurs ont démontré que les polyphénols de Triphala modulent le microbiome intestinal humain et favorisent ainsi la croissance de bifidobactéries et de lactobacilles (des bactéries lactiques) bénéfiques tout en inhibant la croissance de microbes intestinaux indésirables. Les auteurs suggèrent également que la bioactivité de Triphala est provoquée par le microbiote intestinal qui génère une variété de composés anti-inflammatoires.

Dans la pratique, le Triphala est disponible sous forme de poudre, pratique si vous souhaitez préparer une tisane laxative ayurvédique aux herbes. Si vous trouvez que le thé laxatif est amer, ajoutez une cuillère à café de miel une fois votre thé infusé. Par contre, le citron n’est pas recommandé.

Le curcuma

Le curcuma est une autre épice ayurvédique fréquemment utilisée dans la médecine traditionnelle qui affecte la digestion et le microbiome e curcuma et son ingrédient actif, la curcumine, ont fait l’objet de plusieurs d’études biomédicales  avec des centaines d’applications préventives et thérapeutiques potentielles sur des maladies telles que la colite ulcéreuse, les ulcères d’estomac, l’arthrose, les maladies cardiaques, le cancer et les troubles neurodégénératifs.

Dans cette étude sur les souris concernant la prévention de la colite et du cancer du côlon publiée dans Inflammatory Bowel Diseases, il a été démontré qu’un régime supplémenté en curcumine :

  • Augmente la survie ;
  • Diminue le rapport poids / longueur du côlon ;
  • Élimine entièrement la charge tumorale à 0,5%.

Bien que l’histologie du côlon ait indiqué une amélioration avec la curcumine, aucun effet des réponses immunitaires muqueuses n’a été observé chez un premier groupe de souris, et des effets limités ont été observés chez un deuxième groupe. Chez un troisième groupe, la curcumine a notamment augmenté la richesse bactérienne.

Le séné

Le séné est une plante utilisée en médecine ayurvédique depuis des siècles. Son principal composant, les sennosides, stimule la muqueuse intestinale et soulage généralement la constipation en 6 à 12 heures. Ces sennosides ne sont pas absorbés, mais sont hydrolysés par les bactéries du côlon libérant des composés organiques, la rhéine et la rhéine-anthrone que l’on retrouve notamment dans la rhubarbe, longtemps utilisée comme laxatif. Ils semblent agir comme des irritants locaux sur le côlon, favorisant le péristaltisme (l’ensemble des contractions musculaires créant la propulsion) puis l’évacuation.

Les sennosides et leurs métabolites peuvent également améliorer l’accumulation de liquide intestinal et augmenter la teneur en humidité des selles en inhibant la réabsorption de l’eau et en augmentant la sécrétion de chlorure du côlon.

Le séné est considéré comme sans danger pour les adultes et les enfants lorsqu’il est pris à la bonne dose et pour moins de 1 semaine. En revanche, des périodes d’utilisation plus longues ne sont pas recommandées, car il est possible de ressentir des crampes d’estomac et d’avoir la diarrhée. Les enfants portant des couches peuvent également développer des cloques si leurs couches ne sont pas souvent changées lorsqu’ils prennent des laxatifs au séné. Ce laxatif ayurvédique n’est pas non plus recommandé pour les enfants de moins de 2 ans ou les personnes souffrant de certaines maladies comme la maladie de Crohn, l’inflammation de l’estomac, les hémorroïdes ou encore la cardiopathie.

Lorsqu’il est associé à d’autres laxatifs à base de plantes médicinales tels que la prêle, la réglisse, l’aloès, ou encore le nerprun, le séné peut entraîner une forte baisse du taux de potassium. Pourtant, lorsque le corps est en carence de potassium, il est possible de ressentir différents symptômes gênants, notamment de la fatigue, des crampes musculaires et des palpitations cardiaques.

Les lavements ayurvédiques

L’Ayurveda comprend un protocole de santé appelé Panchakarma, qui est un processus de purification et de réjuvénation en cinq étapes. Le but de Panchakarma est d’éliminer les toxines qui s’accumulent de temps en temps dans le corps.

Dans une étude sur l’Ayurveda et le Panchakarma, le panchakarma est l’une des principales pratiques ayurvédiques utilisées pour rétablir l’équilibre du corps. Grâce à plusieurs techniques (massage,  thérapie à la vapeur, phytothérapie, thérapie nasale, lavement, traitements de purgation…), le Panchakarma permet de se débarrasser des déchets qui se sont accumulés et logés dans le corps, créant des blocages dans le flux intelligent des divers systèmes, y compris les systèmes circulatoire, nerveux et digestif. Une fois ce processus de nettoyage terminé, le corps peut reprendre son fonctionnement naturel.

L’un des traitements de cette médecine ayurvédique, le Panchakarma basti, nettoie l’intestin grâce à l’utilisation de lavements médicamenteux (basti). Le Basti contient souvent des mélanges de plantes médicinales dans de l’huile ou du ghee (beurre clarifié ou « or de l’Inde). La préparation liquide s’écoule à travers un tube inséré dans le rectum. Après avoir retenu le liquide pendant une courte période (généralement quelques minutes), le corps le libère naturellement aux toilettes.

Quelles précautions prendre lors des lavements ayurvédiques ?

Bien que les lavements puissent être utilisés à la maison, les praticiens de la médecine ayurvédique recommandent généralement que le Panchakarma basti soit préparé et administré dans un établissement de santé. Un praticien est le mieux placé pour déterminer les plantes médicinales et les huiles à utiliser en fonction de ses besoins.

Les lavements agissent en général en provoquant une distension rectale et parfois une irritation de la muqueuse rectale. Bien que généralement sans danger, les lavements peuvent parfois causer de graves dommages dans le rectum à cause d’une mauvaise insertion de l’extrémité du tube de lavement, ce qui entraîne un traumatisme de la muqueuse rectale.

Les médecins recommandent d’ailleurs de ne pas abuser des lavements, car ils peuvent interférer avec la capacité naturelle du corps à éliminer les déchets. En médecine ayurvédique, le Panchakarma basti est généralement un traitement saisonnier ou à court terme. Dans certains cas exceptionnels cependant, il est utilisé sur une période plus longue.

Une étude de cas publiée dans Le Journal of Ayurveda and Integrative Medicine a en effet rapporté qu’une intervention basti soulageait la constipation chronique chez un enfant atteint de la maladie de Hirschsprung (HSCR), une maladie congénitale impliquant une absence de cellules nerveuses ganglionnaires dans le gros intestin. Le principal signe ou symptôme de cette maladie est la constipation, qui apparait généralement peu de temps après la naissance. Cette constipation est de nature chronique et n’est généralement pas soulagée par des laxatifs. Le basti a ainsi été utilisé par intermittence pendant environ 14 mois.

Après la fin de 14 mois de traitement, le patient était capable de déféquer par jour sans aucune gêne. Aucune complication ni aucun effet indésirable n’ont été notés au cours du traitement. Cette étude de cas a été une avancée importante dans la recherche médicale, car elle propose une nouvelle piste sur le traitement possible du HSCR et d’autres maladies chroniques. 

L’Ayurveda est une philosophie médicale qui adopte une approche holistique pour traiter les problèmes de santé tels que la constipation. Utilisés à court terme, les laxatifs ayurvédiques naturels tels que le triphala, le séné et le curcuma sont généralement sûrs et efficaces. Le lavement ayurvédique fait également ses effets, tout comme le massage abdominal, l’Ayurnutrigenomique – un concept de nutrition personnalisée inspiré de l’Ayurveda – ainsi que les méthodes de prévention holistique de la constipation…

Lire la suite ici : Ayurveda : comment traiter naturellement la constipation ? (Partie 2)

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